Les tunnels, une ingénierie de pointe, notamment en termes de ventilation
Rencontre avec Damien Buffet, Directeur de projets au sein de l’agence Axima tunnels, une entité d’Equans spécialisée dans la ventilation des espaces souterrains.
Pourquoi la ventilation joue-t-elle un rôle aussi important dans un tunnel ?
Un système de ventilation dans un espace confiné comme un tunnel c’est important pour la sécurité.
En effet,
- il faut que l’on assure le confort des oreilles des passagers, ce que l’on appelle le confort tympanique ; quand un train pénètre dans un tunnel, il va propager une onde de pression qui peut être très désagréable pour les usagers. Le système de ventilation prévoit des points d’évacuation de cette pression pour que cela reste à un niveau acceptable et confortable.
- Il faut également maintenir une bonne qualité de l’air pour les usagers. Nous mesurons pour cela un certain nombre de polluants et pouvons les évacuer grâce au système de ventilation.
- Il faut enfin assurer la sécurité en cas de feu. Le système de ventilation joue un rôle majeur en cas d’incendie. Il est essentiel pour maintenir des chemins d’évacuation sains et sans fumée pour pouvoir évacuer les usagers et le personnel qui exploite le train, en toute sécurité.
Dans un tunnel, l’air est constamment contrôlé, orienté et régulé. En cas d’incendie, les systèmes de ventilation permettent de contenir les fumées dangereuses dans une partie du tunnel afin d’assurer l’évacuation des passagers et de permettre aux pompiers d’intervenir sereinement.
Comment fonctionnent ces grands systèmes de ventilation ?
Un système de ventilation dans un tunnel fait forcément appel à des ventilateurs d’une puissance importante de 350 kW alors qu’une installation chez un particulier, c’est environ 9 ou 10 kW.
On installe en général un ventilateur tous les 800 m environ dans un tunnel afin de pouvoir gérer les fumées et la ventilation par tronçon.
Nous allons les assister parfois avec des accélérateurs qui sont des gros ventilateurs ; ils permettent de pousser fortement l’air dans le tunnel et de le déplacer au besoin.
Sur quels projets d’envergure travaillez-vous ?
Parmi les projets majeurs en Europe, il y a le Grand Paris Express avec 4 nouvelles lignes de métro en création pour venir enrichir le réseau de transports en région parisienne et 90 % de ces lignes sont en tunnel.
Cela représente 200 km de tunnels à équiper en systèmes de ventilation. Pour Equans, il s’agit de déployer plus de 200 ventilateurs d’une puissance de 350 kW.
Comment Equans limite-t-elle l’empreinte énergétique d’installations de cette envergure ?
Nos clients ont des attentes fortes en termes de bilan carbone des installations et leurs consommations électriques.
Si nous installons tout le Grand Paris, nous sommes sur 60 mégawatts de ventilation dans les tunnels.
Prenons pour vous donner une idée l’exemple du parc éolien de Fécamp qui a été installé en mer il y a peu de temps et mis en service. C’est 500 MW. Un peu plus de 10 % de ce parc éolien, c’est la puissance que nous installons pour la ventilation. Vous comprenez que la ventilation a un impact très fort sur le bilan énergétique de l’ouvrage. Notre rôle est d’optimiser la consommation, le fonctionnement du système en définissant le bon niveau fonctionnel. On ne va pas faire fonctionner les ventilateurs s’il n’y a pas de besoin.
Nous agissons de manière raisonnée et optimisons au mieux le bilan énergétique de l’installation sachant que l’impact de la ventilation sur le bilan total est relativement important.
Un de nos savoir-faire, c’est également de faire un bilan d’une installation existante même si nous n’avons pas réalisé les travaux. Nous sommes en mesure de faire un diagnostic et de proposer au client de la rénovation plutôt qu’un changement complet. Nous améliorons ainsi le bilan carbone en ne cherchant pas ailleurs de nouveaux équipements.
Qu’en est-il du bilan carbone des équipements achetés pour nos installations ?
Revenons sur l’exemple du Grand Paris. Pour ce chantier nous avons principalement acheté des ventilateurs européens moins émetteurs que les modèles provenant d’Asie du Sud-Est. Cette maîtrise technique et fondamentale constitue mon quotidien depuis une quinzaine d’années.
J’étais précédemment chez Bouygues Travaux Publics qui était chargé de la réalisation des tunnels et de leurs percements. Il nous arrivait parfois de devoir livrer un tunnel clé en main avec les systèmes tels que la ventilation. Je collaborais d’ailleurs parfois avec Equans sur la partie ventilation. La politique de mobilité au sein du Groupe m’a permis d’intégrer Equans.
En conclusion, je dirai que ce qui me rend fier dans ce métier c’est de constater l’appropriation d’un tunnel par les usagers et son utilisation quotidienne une fois l’ouvrage livré. J’ai le même sentiment lorsque je revois un ouvrage réalisé il y a 10 ou 15 ans et pour lequel j’ai participé à la construction. Un ouvrage comme un tunnel c’est une véritable aventure humaine.